La dyslexie - altération du traitement des sons

Un modèle récent envisage, contrairement aux idées reçues, que la dyslexie ne serait pas liée à un trouble de la coordination visuelle des lettres chez des sujets doués par ailleurs d’une intelligence tout à fait normale. Il semble davantage que soient mis en cause certains processus de langage qui ne remplissent pas suffisamment leur fonction.
Texte de Sally E. Shaywitz

Âgé de dix ans, Percy F., « est un garçon éveillé et intelligent. Au jeu, il réagit avec agilité, il montre une compréhension rapide. Parmi les enfants de son âge, il n’accuse absolument aucun retard. Simplement, son handicap majeur a toujours été et est toujours qu’il n’apprend pas à lire ». Voici ce qu’a écrit en novembre 1896, le Dr W. Pringle Morgan, médecin anglais dans la revue « British Medical Journal ». Cette première description de la dyslexie (selon « Le Petit Robert », ce mot vient du grec dus : exprimant l’idée de difficulté, de manque et lexis : mot ) est caractéristique d’un phénomène étonnant et non encore totalement expliqué à ce jour : des personnes normalement douées et parfois même brillantes éprouvent des difficultés très marquées et durables en lecture et en écriture. Il était alors, et est encore admis de nos jours, que la maîtrise de l’écriture constitue une expression de l’intelligence : il appartiendrait donc à tout enfant éveillé et bien guidé d’apprendre à lire. Or, cette conception communément admise est fausse, comme des millions de dyslexiques le prouvent, un fossé sépare leur faculté de lire de leurs autres facultés de compréhension. Dans les années vingt, une thèse répandue désignait des déficiences visuelles comme responsables quand un enfant confond constamment des lettres et des mots et on tentait d’accompagner ces sujets par un travail particulier sur la vision. Selon des études ultérieures, les dyslexiques n’ont en aucun cas des difficultés particulières à ordonner et à placer les lettres. Les autres enfants peuvent aussi, à certains stades du développement, inverser des syllabes en miroir ou confondre des lettres. […] Le trouble se situe davantage dans la structure du langage, en particulier au niveau du traitement des sons isolés, appelés phonèmes, qui constituent les mots. De nouveaux modèles linguistiques de la lecture et de la dyslexie montrent pourquoi cette déficience – présente aussi dans certaines autres fonctions du langage – intervient si souvent indépendamment des autres facultés intellectuelles.


Illustration 1 : Non seulement l’enfant dyslexique éprouve de grandes difficultés avec l’apprentissage de la lecture, mais il a aussi du mal à trouver des termes peu courants même s’il en connaît bien le sens exact.
Le modèle phonologique de la dyslexie

Mes collègues et moi-même avons rencontré au cours de notre travail des centaines d’enfants mais aussi de nombreux adultes présentant des difficultés d’écriture et de lecture. Il s’agit parfois d’étudiants de notre Université de Yale à New Haven (Connecticut) voire de personnes faisant partie du cercle de scientifiques et de professeurs.

Parmi eux, Gregory, étudiant en médecine, consulte notre centre de recherches pour l’apprentissage et l’attention à la Faculté de médecine parce qu’il est confronté à des problèmes dans les cours de sa discipline. A l’école primaire, il avait déjà été diagnostiqué comme dyslexique. Cela ne l’avait pas empêché d’être qualifié d’élève très doué. Son talent et de nombreux méthodes de soutien l’ont aidé à terminer avec succès toute sa scolarité. Puis à force de travail, il s’est vu proposer d’étudier dans des facultés de médecines réputées.

Mais dès le début des cours à la faculté, il commence à désespérer. Il a énormément de mal à répéter les termes médicaux et les schémas anatomiques voire à prononcer de nouveaux mots particulièrement longs, alors qu’il n’éprouve aucune difficulté à comprendre les liaisons compliquées des systèmes physiologiques ou les mécanismes pathologiques complexes. Autant il excelle quand il s’agit d’utiliser sa réflexion, il lui est quasiment impossible d’apprendre une définition par cœur.


Illustration 2 : Lorsque l’on parle, les éléments acoustiques s’assemblent automatiquement en syllabes et en mots. Un enfant doit tout d’abord avoir pris conscience de l’existence des phonèmes, c’est une condition pour lire et écrire. Les enfants de six ans en sont normalement capables. Un dyslexique, lui, a du mal à le faire. Contrairement au langage oral, la lecture ne s’apprend pas instinctivement. Pour ce faire, l’enfant doit intégrer que les lettres représentent des sons parlés et que leur séquence résulte dans la tonalité d’un mot. Après un peu de pratique, l’enfant y arrive généralement automatiquement. Un dyslexique ne parvient que difficilement à faire le lien entre les lettres et les sons, même après un long entraînement. La plupart du temps, il n’apprendra jamais à lire de façon fluide ou sans recourir au contexte. Selon la thèse de l’auteure, la dyslexie relève d’une déficience partielle au niveau du module phonologique du système du traitement du langage – soit à son échelon le plus bas.
Non seulement Gregory, mais tout le corps professoral, s’étonne de l’irrégularité de ses facultés. Il est capable de saisir des concepts compliqués, mais comment peut-il avoir autant de mal avec des détails simples come les parties corporelles ou les types de tissu ? A cela s’ajoute qu’il lit encore lentement. Doit-on conclure à un problème de dyslexie ?

Ce lien logique est devenu évident. Gregory correspond au type même de dyslexique qui, enfant, provoque un choc chez ses parents et professeurs par l’inadéquation entre ses bonnes prédispositions et le fait qu’il pêche en lecture et en écriture. J’ai pu lui redonner confiance parce que l’on connaît aujourd’hui les causes de la dyslexie.

Au cours des vingt dernières années, il a été établi que le déficit se situe davantage au niveau du traitement des sons. Cette théorie a également été confirmée par toutes les découvertes réalisées depuis sur l’organisation et la fonction du cerveau. Depuis une dizaine d’années, de nombreux scientifiques vérifient et affinent cette conception en effectuant des recherches en psychologie cognitive et depuis peu en neurobiologie.

Cette théorie est basée sur le traitement du langage. La structure cérébrale du langage est une rangée de modules ordonnés hiérarchiquement, chacun d’entre eux étant spécialisé dans un traitement particulier du langage. Au niveau supérieur se trouvent les modules qui traitent la sémantique (c’est-à-dire la signification des mots), la syntaxe (les structures grammaticales), et le discours (en d’autres termes les structures linguistiques prononcées telles que les suites de phrases). Au niveau inférieur se situe le module phonologique, dévolu à l’analyse des unités sonores qui composent le langage.

Bild 3 :

L’acquisition de la lecture

La lecture reflète le langage parlé, ce que souligne mon collaborateur Alvin M. Liberman des laboratoires Haskins à New Haven (Connecticut). Elle reste toutefois un art beaucoup plus difficile à maîtriser que la parole et ne s’acquiert que plusieurs années après celle-ci. Dans les deux processus, il s’agit d’un traitement phonologique, mais contrairement à la parole, la lecture n’est pas naturelle : comme l’écriture, elle est bien plus une invention culturelle. Selon l’hypothèse de la conscience phonologique, l’enfant doit s’approprier consciemment la capacité de lire. L’apprentissage consiste à transférer une information visuelle codée en information linguistique : les signes optiques des systèmes de langage écrit tels que les graphèmes de l’alphabet doivent être décodés et transposés en phonèmes (d’autres systèmes de langage écrit comme les caractères chinois et japonais ou les hiéroglyphes égyptiens n’entrent ici pas en compte). Pour y arriver, l’enfant doit comprendre que les mots sont composés de phonèmes. Il doit ensuite intégrer qu’une suite de lettres correspond à une séquence de phonèmes. Les enfants apprenant à lire normalement maîtrisent ces deux aspects, sans trop de difficultés. Il en va différemment de l’enfant dyslexique. En raison d’une déficience au niveau du module phonologique, il a du mal à détecter les composants phonologiques élémentaires d’un mot écrit - on peut supposer que c’était le cas dans notre exemple. Du fait d’un décodage insuffisant, l’enfant ne reconnaît pas le mot. Le trouble, bien que situé au niveau d’une fonction linguistique inférieure, bloque certains modules supérieurs du traitement central et par conséquent le mot, a fortiori la phrase entière, n’ont aucun sens. Les fonctions supérieures ont beau rester intactes, cela n’est d’aucun secours pour l’enfant, il ne comprend pas le texte sans l’identification des mots.

C’est en lecture et en écriture que cette déficience est la plus marquée. Toutefois, elle se manifeste typiquement aussi à l’expression orale – c’est le cas de Gregory qui a du mal avec les mots nouveaux ou longs dès qu’il doit les lire, les entendre ou les prononcer.

Les signes d’un trouble au niveau du traitement phonologique sont collectés depuis une vingtaine d’années. Parmi les premières recherches sur ce sujet, citons celle réalisée par Isabelle Y. Liberman des laboratoires Haskins. Elle a découvert que les enfants prennent conscience de la structure phonologique des mots prononcés seulement entre quatre et six ans. Lorsqu’on leur demandait de dire combien de sons ils entendaient dans des mots déterminés, aucun des enfants de quatre ans n’en était véritablement capable, ce que faisait cependant 17 % des enfants de cinq ans et 70 % des enfants de six ans (selon une étude allemande plus ancienne, 90 % des enfants de six ans en étaient capables). Aujourd’hui les petits Américains commencent l’école à cinq ans et ont des notions de lectures dès six ans. Afin de déterminer s’il existe un lien entre la formation de la conscience phonologique et un talent pour la lecture, nous avons commencé en 1983 une étude longitudinale auprès de 445 enfants sélectionnés statistiquement, en les suivant depuis l’âge pré-scolaire jusqu’à la fin de leur scolarité. Nous avons testé ces sujets tous les ans – certains ont aujourd’hui 19 ans - et avons constaté que plus de 20 % de ces jeunes Américains sont dyslexiques à un degré plus ou moins élevé. Dans son étude, d’Isabelle Liberman a trouvé la même proportion d’enfants de six ans qui éprouvent des difficultés avec la segmentation des sons, soit l’analyse phonologique des mots. C’est dans les années quatre-vingt, qu’ont commencé les recherches visant à déterminer le lien existant entre la conscience phonologique et la faculté de lire. Des travaux exceptionnels ont été réalisés par Lynette Bradley et Peter E. Bryant de l’Université d’Oxford (Angleterre). Ils montrent que l’on peut prévoir chez un enfant d’âge pré-scolaire s’il apprendra à lire avec facilité, en évaluant sa capacité à analyser les sons. Les chercheurs ont aussi découvert que le talent phonologique peut toutefois être amélioré par l’apprentissage de la conscience phonologique. Ces enfants, avec lesquels ils ont fait des exercices consistant à classer des sons parlés semblables et dissemblables, ont fait des progrès évidents en lecture. A l’inverse, ceux qui ont trié les mots en fonction de leur sens n’ont pas progressé. Des travaux ultérieurs menés par Benita A. Blachman de l’Université de Syracuse (État de New York), Joseph E. Torgesen de l’Université d’Etat de Floride à Tallahassee et Barbara Foorman de l’Université de Houston (Texas) ont confirmé ces découvertes. Il ressort de toutes ces études que l’apprentissage de la lecture est amélioré non pas par un enseignement général de la langue mais par un entraînement spécifique de l’analyse des sons.

Quand les mots s’emmêlent

Ces études ont été la base de nos travaux, quand nous avons comparé au début des années quatre-vingt-dix les capacités cognitives des enfants dyslexiques à celles d’enfants normaux. Jack M. Fletcher de l’Université du Texas à Houston, Donald P. Shankweiler et Leonard Katz des laboratoires Haskins et moi-même avons réalisé un ensemble de tests de compétences linguistiques et non-linguistiques auprès de 378 enfants âgés de sept à neuf ans. Ces travaux ont abouti aux mêmes résultats qu’une étude réalisée par Keith E. Stanovich et Linda S. Siegel du centre de recherches en éducation franco-ontarienne à Toronto (Canada) : la caractéristique mentale la plus marquante et la plus constante qui distingue les enfants dyslexiques des autres enfants est une faible aptitude à identifier les phonèmes des mots.

Un des tests réalisés semblait particulièrement adapté au diagnostic de la dyslexie. Il consistait pour les enfants à découper en sons isolés les mots qu’on leur faisait entendre puis à les dire à haute voix, en laissant de côté un phonème particulier, par exemple le premier. Par exemple le mot « mouche » sans le /m/ ou « trois » sans le /t/. L’épreuve reflétait essentiellement la faculté de l’enfant à découper des mots dans des tests standardisés de reconnaissance de mots. Le vocabulaire, la pensée et la justification logiques ou l’intelligence en général n’ont que peu ou pas du tout influencé le résultat. Nous avons d’ailleurs trouvé la même corrélation en donnant ce même exercice et d’autres à des jeunes de quinze ans participant à notre longue étude : à cet âge, la conscience et la compétence phonologiques déterminent encore l’aptitude à lire. Si la dyslexie repose effectivement sur une formation déficiente de la faculté d’analyse des sons, le déficit devrait alors aussi apparaître d’une autre façon, c’est le cas. Il y a dix ans, Robert B. Katz des laboratoires Haskins a montré dans quelle mesure les personnes présentant des troubles en lecture ont du mal à nommer des objets à partir d’illustrations. Quand elles se trompent de mot, le mot qu’elles donnent ressemble d’une certaine façon au mot juste. Elles hésitent quelques instants et désignent un « volcan » sur une photo en l’appelant « volant » (illustration 1). Cependant elles savent pertinemment ce qu’est l’objet représenté et sont capables de le décrire en détails. Elles sont aussi capables d’identifier sur d’autres images des objets semblables au premier, de regrouper des volcans ensemble, sans les confondre avec des volants. Elles ont du mal uniquement à associer les images avec le mot approprié. Comme nous l’avons dit précédemment, on peut supposer et les éléments dans ce sens existent, qu’en cas de dyslexie les modules supérieurs du traitement linguistique – les sous-systèmes impliqués dans la grammaire et le contexte linguistique, c’est-à-dire dévolus à la compréhension, fonctionnent en soi normalement, mais ne peuvent pas entrer en action du fait du déficit situé au niveau inférieur. C’est ce qui caractérisait une jeune femme très intelligente que nous avons testée. Jennifer pouvait tout à fait expliquer le terme « apocalypse ». Elle était même capable de donner son origine, ses connotations et son utilisation appropriée. Par contre, dès lors que le mot était écrit sous ses yeux, elle ne le connaissait pas. Cela signifie que lorsqu’elle lit un texte où se trouve ce mot, il n’a aucun sens pour elle, de même certainement que le contenu de texte. Il lui est impossible de mettre en pratique ses connaissances. Cela n’empêche pas de nombreux dyslexiques, comme Gregory, d’apprendre passablement à lire et même de réussir des études supérieures. Ils arrivent à compenser leur handicap de sorte qu’ils passent des tests de définition de mots aussi bien que quiconque. Seulement, ils ont appris à décoder les suites de lettres et à identifier les mots pour accéder aux modules supérieurs du traitement du langage. Cela ne se fait pas sans mal : quand on mesure le temps nécessaire pour le décodage, on constate qu’ils ont fait de gros efforts. Ils ne saisissent pas les mots automatiquement et sont loin de lire de façon fluide. Beaucoup de dyslexiques disent combien lire les fatigue – c’est un signe de l’effort mental qu’ils doivent fournir.

Imagerie cérébrale

Les nouvelles méthodes d’imagerie cérébrale permettent de représenter l’activité des régions cérébrales concernées et de se rendre compte de l’extrême lenteur à laquelle travaille le cerveau de ces adultes qui lisent difficilement pour déchiffrer les phonèmes. Selon notre conception, les étapes successives du traitement du langage et des mots se situent dans des réseaux neurologiques spécifiques. Avant ces avancées technologiques, il n’était pas aisé de déterminer avec certitude leur localisation dans le cerveau – on pouvait déduire la représentation anatomique des facultés mentales humaines supérieures à partir des liaisons cérébrales. Nous nous sommes par conséquent réjouis lorsque les techniques de tomographie ont été développées puis affinées, elles permettent aujourd’hui de rendre compte du cerveau en activité (Spektrum der Wissenschaft, juillet 1982, page 40 et juillet 1993, page 56). Grâce à la tomographie, il est dorénavant possible, sans intervention ni émission de rayons, de voir les modifications des activités cérébrales au niveau de l’activité métabolique. Ces méthodes sont particulièrement adaptées à l’examen d’enfants. Depuis 1994, au sein de l’Université de Yale nous étudions l’activité cérébrale au cours de la lecture. A partir des conclusions de travaux effectués auprès de plus de 200 enfants et adultes dyslexiques et normaux, nous avons d’ores et déjà établi une représentation provisoire des aires du cerveau impliquées dans cette activité : ainsi pour l’identification des lettres, des régions du cortex extrastrié du lobe occipital sont activées. Au cours du traitement phonologique, une circonvolution latérale du lobe frontal appelée gyrus frontalis inferior est impliquée, c’est aussi là qu’est localisée l’aire de Broca, le centre moteur du langage. Enfin, les régions postérieures du lobe temporal au niveau des gyri temporal médian et supérieur ainsi que le gyrus supramarginal du lobe pariétal sont impliqués dans le traitement de la signification des mots.


Illustration 4 : Les régions cérébrales actives au cours de la lecture, reconstituées d’après des images tomographiques. Pour l’identification des lettres, l’implication d’une région du lobe occipital est manifeste. Le traitement phonologique est traité dans le gyrus frontal inférieur au niveau de l’aire de Broca spécialisée dans le langage, le traitement de la signification est principalement dévolu au gyrus temporal supérieur et à certaines parties du gyrus temporal médian et du gyrus supramarginal.


Illustration 5 : Au cours du décodage phonologique des mots lus, seul le côté gauche de la région du lobe frontal impliqué est activé chez les hommes ; chez les femmes le côté droit du gyrus frontal est aussi concerné. Par convention, les images tomographiques représentent les cerveaux vus par en-dessous.

Il s’agissait de la première preuve concrète d’une différenciation sexuelle dans l’organisation cérébrale d’une fonction mentale. Cette découverte permet aussi de comprendre certaines constatations dont on ne soupçonnait le fonctionnement. Ainsi par exemple, le fait que les femmes qui ont eu une attaque cérébrale du côté gauche présentent plus rarement de graves dommages au niveau de l’aire du langage. On explique aussi mieux pourquoi les filles sont moins souvent touchées par la dyslexie que les garçons - il est évident qu’elles compensent leur défaut plus facilement. Grâce à la localisation des aires du cerveau impliquées dans la lecture, la dyslexie devrait à l’avenir être diagnostiquée plus précisément et distinguée d’autres troubles de la lecture et de l’écriture. Il sera peut-être aussi possible de reconnaître au niveau des structures activées, si des programmes de soutien ont des effets et lesquels. Notre modèle délimite strictement le phénomène dyslexique : la dyslexie repose sur une faiblesse de l’analyse des phonèmes chez des sujets par ailleurs remarquablement doués en réflexion et résolution de problèmes, en conceptualisation, logique et vocabulaire. Il est probable que des dyslexiques qui ont suivi des études, comme Gregory, utilisent en compensation des concepts, des modèles ou des constructions théoriques situées dans des aires supérieures du cerveau. On remarque notamment qu’ils ont beaucoup de mal à s’imprégner d’une liste de mots inconnus classés sans lien logique, à la citer rapidement de mémoire et à l’articuler. Les dyslexiques se sentent angoissés - au cours d’un examen oral par exemple - produisent des phonèmes mal appropriés proches des phonèmes corrects, ou trouvent les bons phonèmes mais les prononcent dans le désordre, parlent en bégayant, marquent de nombreuses pauses avec force interjections « mmh » ou « euh ». Certains sont toutefois capables dans certaines conditions de parler normalement ou faire un exposé. Il en est de même pour la lecture. Quand certains décodent automatiquement des mots compliqués, le dyslexique doit, pour les identifier, à chaque fois se remémorer le contexte. En particulier avec les questionnaires à choix multiples, qui consistent à choisir parmi une série de possibilités, le dyslexique montre difficilement de quoi il est capable. Après avoir examiné de nombreux étudiants et universitaires concernés, nous pensons que ceux qui ont réussi à compenser leur handicap ont des capacités supérieures à la moyenne en ce qui concerne la réflexion logique et la conceptualisation. Le déficit partiel masque chez eux en réalité une compréhension exceptionnelle. Des écoles et universités américaines ont pris position et proposent des examens adaptés. Plus les pédagogues et les professeurs seront nombreux à comprendre véritablement les causes de la dyslexie, un siècle après sa première description, plus il sera aisé pour les dyslexiques de trouver leur place dans la société.

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